Audrey Bernard, étudiante en Master de "Développement social" à l’IEDES, est partie durant l’été 2007 effectuer une enquête auprès de la population d’Ambodirafia. Cette enquête portait sur la situation socio-économique, les perceptions et les attentes des villageois. Elle visait à préparer le projet d’électrification rurale de ce village, qui se poursuit actuellement.

"Témoignage et extraits de mon journal Madagascar été 2007

Pour aller à Ambodiarafia, il faut du temps, beaucoup du temps. Quand on arrive de France, l’avion atterrit à Antananarivo. De là un taxi brousse, ou un 4 x 4 si l’on connaît quelqu’un, roule sans s’arrêter jusqu’à Mananjary pendant plus de 13 heures.

Quand on descend des Hauts-Plateaux vers la mer « le climat change du tout au tout et la végétation aussi : la chaleur humide entre dans la voiture et dehors les phares éclairent des bananiers et des grands arbres tropicaux. Quelques personnes sur les routes marchent dans le noir : Il est 18h30, la vie ne peut pas s’arrêter. Des petites échoppes éclairées à la lampe à huile sortent des hommes et des femmes qui nous regardent passer ».

De Mananjary, il n’y a pas de route carrossable pour se rendre à Vohitandriana, à 80km. Seul un bon 4 x 4 peut emprunter la piste très accidentée. Pourtant ce voyage dépend aussi du temps car, en cas de fortes pluies, les routes sont fermées.

Le trajet dure 5h30 et les conditions peuvent varier selon qu’on est deux dans la voiture et qu’on regarde défiler à l’avant le paysage de forêts de bambous, ou qu’on est 14 entassés à l’arrière et qu’on doit rester recroquevillés sans bouger avec une demi fesse sur une roue et une barre de fer dans le dos…

Arrivés à Vohitrandriana, la route n’est pas finie car il reste 30 km sur une piste encore moins praticable. En tous cas elle l’est jusqu’à Vohidroa, mais à partir de là les 5 derniers km se font plus simplement à pied.

J’ai donc mis une journée pour aller de Tana à Mananjary. Les aléas de la vie ont fait que j’ai mis une semaine pour rejoindre Vohitandriana, et les aléas climatiques nous ont empêchés d’aller à Ambodirafia pendant encore une semaine.

C’est finalement le 24 juillet 2007 que nous sommes partis pour ce petit village de 600 habitants perché sur un piton rocheux.

« A Vohidroa des porteurs ont pris nos sacs et une escorte d’enfants nous a emmenés jusqu’à Ambodirafia. Nous avançons d’un bon pas dans les collines sous le soleil haut dans le ciel, et les enfants courent en rigolant. Aux abords du village les villageois sont là en train de travailler ou de se reposer. Ils nous serrent la main à toutes, ils ouvrent le chemin.

« La maison dans laquelle nous habiterons pendant deux semaines, la traductrice, la cuisinière et moi, est une petite maison en bois avec des portes trop basses pour moi. La journée, tout est ouvert pour avoir de la lumière. Les enfants qui jouent à la marelle devant la maison regardent à l’intérieur avec curiosité.
Le matin au réveil, la brume s’accroche aux montagnes et se dissipe vite. L’école est au bout du village, elle domine la vallée au fond de laquelle coule une grande rivière. Le bruit de cette rivière est toujours présent quand on se trouve de ce côté du village, comme la mer ».

Quand j’y repense, des images, des sons, des visages me reviennent à l’esprit.
Je vois les enfants qui me suivent en riant, ou qui dansent en chantant le soir devant la maison.
Je vois Zafi Sara me parler de ses envies, de ses espoirs en nous servant le café ;
je vois Amedi en train de préparer des mofo akondro (beignets de banane) dans la sombre cuisine où seul le feu de bois illumine l’antre et où une petite flamme danse sur une boite remplie d’huile.
Je nous entends chanter avec les enfants un chant de leur village, et les revois sourire en m’entendant parler leur langue.
J’entends les petites filles fredonner l’air d’une berceuse que je leur ai apprise.
J’entends les éclats de rire de Robia et d’Amedi quand j’essaye d’enchaîner une phrase en malgache.
Je me souviens de cette fois où nous n’avons pas arrêté de tomber dans la boue, Robia et moi – mais surtout moi, voulant emprunter un chemin très glissant.
Je nous vois étendre le linge propre au soleil et les femmes se tresser les cheveux. J’entend les pleurs des enfants, et les chants d’Amedi et Robia dans la cuisine.
Je vois aussi les hommes travailler la terre, les femmes donner le sein aux enfants et chercher l’eau à la fontaine dans la brume matinale ; j’entends encore les voix de ces hommes et femmes que j’ai interrogés, me raconter la pénibilité du quotidien, leur difficulté à affronter les aléas de la vie, leur désespoir face à un avenir qu’ils ont l’impression de ne pas maîtriser car leurs efforts semblent toujours réduits à néant par des circonstances incontrôlables.

Ce que je retire vraiment de ce temps passé au bout du monde c’est de l’humilité ; mais également beaucoup de questions et de réflexions inachevées que je ramène dans mes valises.

  Contacts
Solidarité Entraide Madagascar - 9 rue de Mésanges 68450 Bollwiller Tél.: 03 89 48 08 90    Admin